Newsletter #15 Numérique inclusif : atteignez-les tous !

Inclusion

 

Avec le déploiement du tout numérique, une forme d'analphabétisme digital et un frein à l'accès aux appareils apparaît : c'est la fracture numérique. Quelles réponses y apporter ? Comment rendre les services 100% accessibles et durables ? Voici nos clés pour agir.

 

 

 

Chiffres & faits clés

40 % du quota de GES sont émis par le numérique  

C'est la part que représente aujourd'hui les émissions liées à l'usage du numérique en Europe, selon une nouvelle étude (GreenIT/NégaOctet, 2021). « C’est complètement disproportionné par rapport aux accords de Paris » constate Frédéric Bordage, co-auteur de l’étude dans une synthèse publiée sur GreenIT.fr. « Si nous souhaitons rester en dessous de 1,5°C de réchauffement global, nous ne pouvons en aucun cas consommer autant de numérique en Europe, avec des durées de vie aussi courtes » analyse-t-il. L'étude pointe d'ailleurs d'autres limites planétaires gravement atteintes, telles que l'utilisation des ressources minérales et la pollution de l'eau douce.

Affichage de l'empreinte carbone liée à votre utilisation des réseaux

Depuis le 1er janvier 2022, les fournisseurs d’accès internet et opérateurs télécom doivent informer leurs abonnés via leur espace en ligne de la quantité de données consommées et des émissions de gaz à effet de serre associées. La méthodologie de calcul prend en compte tous les équipements constituant les réseaux de télécommunication fixes et mobiles, depuis la sortie des centres de données jusqu'aux antennes et aux box, du début de leur fabrication à la fin de leur vie. (ADEME, 2021)

Près d'un Français sur trois a renoncé à quelque chose dans les 12 derniers mois parce que cela impliquait l'utilisation d'internet

Et cela, notamment, pour réaliser une démarche administrative ou une demande d'aide en ligne. Toutes les catégories sociales sont touchées par ce phénomène : que l'on soit "digital natives”, urbain, actif, cadre ou ouvrier, jeune ou moins jeune, « ce comportement de "blocage" se retrouve dans toutes les catégories de la population française ». (CSA pour Syndicat de la presse sociale, 2018)

Fracture numérique : de quoi parle-t-on ?

La fracture numérique décrit les inégalités face à l'utilisation des outils informatiques, qui peuvent être de deux ordres : l'accès à ces outils ou l'illettrisme numérique, la difficulté ou l'incapacité à les utiliser, aussi appelée illectronisme. Le premier concerne environ un Français sur dix (CSA pour Syndicat de la presse sociale, 2018) et le second touche 17% de la population (INSEE, 2019).

La mission d'information sénatoriale « Lutte contre l’illectronisme et pour l’inclusion numérique » note que la barrière à l'usage « devient un handicap majeur dans une société toujours plus numérisée » et que « beaucoup d’usagers se découragent et renoncent à leurs droits » (Sénat, 2020).

C'est un mal qui s'ajoute à d'autres formes d'exclusion (France Culture, 2020) ou de handicaps. Bénévole à Emmaüs Connect pour accompagner les personnes victimes de la fracture, Azzeddine rapporte à France Culture : « le fait que des gens déjà en difficulté soient en plus exclus du numérique, c'est inadmissible ».

Pour Rémy Marrone, directeur de projets à l'Institut du Numérique Responsable, l'inclusivité du digital est étroitement liée à sa durabilité : « Quand on prend un service numérique pour le rendre plus accessible, on agit à deux niveaux : on le rend plus simple, pour qu'il soit utilisable par tous les publics, et on l'allège, pour qu'il soit ouvert à une diversité d'équipements. Tout le monde n'a pas le dernier smartphone ! » À la clé, la réduction des impacts de la solution, devenue plus légère, la baisse de la consommation d'énergie et l'absence d'obsolescence provoquée, habituellement induite par une gourmandise de ressources système. 

« C’est très concret, je l’ai encore observé il y a quelques jours, illustre Magali Cressy, directrice de NWX, suite à un test covid, une personne a dû revenir en pharmacie et demander qu'on lui imprime un certificat. En effet, elle avait reçu le sms lui annonçant le résultat de son test mais ne pouvait pas le consulter car "elle n'avait pas le dernier smartphone", justement.

« Attention à chaque tech qui propose "plus de", à la course en avant, met en garde Rémy Marrone, si ça permet à un petit nombre de faire plus de choses, on perd en accessibilité ! »

Les bons réflexes

La première question à se poser, selon Rémy Marrone (INR), est : est-ce que je suis en capacité de toucher 100% des gens ? Si non, comment s'adapter ?

Pour s'aider, il propose d'utiliser le triptyque des 3U : utile, utilisable et utilisé. « Est-ce que c'est utile d'ajouter cette fonction, notamment face aux urgences climatiques, sociales et sociétales ?, détaille-t-il, Est-ce utile à mes bénéficiaires ? Est-ce qu'elle est utilisable par tout mon public ? Une fois déployée, est-elle utilisée, au contraire de presque la moitié des fonctionnalités développées ? »

Sur le sujet spécifique de l'utilisabilité d'un produit ou d'un service numérique, la principale piste d'action est de maximiser la (rétro)compatibilité, non seulement d'un point de vue logiciel, mais au-delà : est-ce utilisable par un utilisateur avec un réseau 3G limité ? Doté d'un smartphone ayant 8 ans et quelques Mo de place disponible uniquement ? Ou même n'ayant pas de smartphone ?

Ensuite, travaillez l'accessibilité pour les personnes illettrées, malvoyantes, souffrant de troubles dys ou d'autres formes de handicap. « Nous concevons pour l'ensemble du pays, peut-on lire dans les principes de design des services des ministères et agences gouvernementales britanniques, et pas seulement pour ceux qui ont l'habitude d'utiliser le web. Les personnes qui ont le plus besoin de nos services sont souvent celles qui les trouvent les plus difficiles à utiliser. Pensons à ces personnes dès le départ. » Vous pouvez retrouver en ligne leur manuel d'accessibilité ou les directives françaises équivalentes.

Et, dès le départ, impliquez des groupes d'utilisateurs et d'utilisatrices de tous les profils. Sans leurs conseils ou sans mixité, vous risquez de viser à côté !

Comme souvent sur le chemin du numérique responsable, il faut voir au-delà de l'effort, « montrer les opportunités, voir la facilité à produire et à entretenir quelque chose de plus léger », conclut Rémy Marrone. C'est l'occasion de faciliter la vie de vos utilisateurs et d'en toucher d'autres !

« Mon rôle est d'accompagner [le] Français sur deux [qui] dit ne pas être à l'aise avec le numérique »

Agathe Leballeur est conseillère numérique "France Services" au sein de la coopérative Les Copeaux Numériques, au Petit-Quevilly. Actuellement en formation, elle fait partie des 4000 conseillers déployés par l'État d'ici à 2022 ayant pour mission d'accompagner les personnes victimes de la fracture numérique. Elle répond à nos questions en compagnie de Caroline Degrave, directrice du Kaléidoscope, le tiers lieu des Copeaux Numériques.

Comment répondez-vous aux enjeux de la fracture numérique ?

En tant que conseillère numérique, mon rôle est d'accompagner les personnes ayant des problèmes d'accès au numérique en termes d'usage. Un Français sur deux dit ne pas être à l'aise avec le numérique !

Pour cela, nous allons proposer différentes prestations, gratuites pour les bénéficiaires, telles qu'un accompagnement individuel ou collectif, des ateliers ou des débats. Elles permettront à la fois de former et de sensibiliser aux enjeux du numérique : usages citoyens et durables, confidentialité, protection des enfants, open source, souveraineté numérique et alternatives aux GAFAM.

Cette mission est complémentaire au programme de réemploi local du matériel informatique Reboot Écosystèmes auquel nous participons. Il permettra de s'attaquer à la deuxième face de la fracture numérique : l'accès au matériel.

À quels défis font face les personnes que vous avez rencontrées ?

Ils sont très divers. Une certaine maîtrise de l'outil est nécessaire pour accéder à l'emploi, mais des personnes déjà actives ont également besoin d'accompagnement. La parentalité, pour la scolarité et la classe en ligne, la vie quotidienne, pour l'accès aux droits, ou bien l'accès à l'information sont aussi des défis majeurs. Ceux-ci ont du reste pris de l'importance depuis les confinements.

L'illectronisme touche tout le monde. Il n'est notamment pas réservé à une génération : beaucoup de jeunes utilisent sans soucis les réseaux sociaux, mais ne sont pas à l'aise pour la bureautique ou les démarches administratives en ligne et pour leurs parents, c'est plutôt l'inverse.

Qu'est-ce que les créateurs du numérique pourraient améliorer ?

Il est indispensable de travailler l'ergonomie et la conception avec les usagers finaux. Sans cela, il y a des risques d'abandon, de renoncement à des droits. On peut pour cela s'inspirer des chartes du numérique inclusif ou de la méthode Facile à lire et à comprendre (FALC, voir détails et illustration sur le site du Ministère de la Culture par exemple).

Un autre blocage est l'incompatibilité mobile, et notamment les sites qui ne sont pas conçus et développés de façon à pouvoir s’adapter à toutes les résolutions d’écran (sites non responsive) : certains services ne peuvent être accédés que depuis un ordinateur alors qu'une partie de la population n'en a pas à la maison.

Parcours numérique responsable : point d’avancement

Le 14 décembre dernier, les membres du parcours numérique responsable ont participé à l’atelier 2 de leur parcours. Un moment attendu pour connaître l’avancement de chaque structure, partager les réussites et les questionnements, s’inspirer

Chaque atelier est aussi un temps de formation, et cette fois-ci c’est Guillaume Gallon, membre de l’INR, qui est intervenu pour présenter ce qu’est le schéma directeur informatique en tant qu’outil de la stratégie numérique responsable. Qu’est-ce qu’un schéma directeur informatique ? Comment y inclure la dimension numérique responsable ? Comment l’élaborer ? Autant d’éléments méthodologiques précieux pour permettre à chacun d’avancer dans la planification et la mise en œuvre de ses actions.

Dans le courant du premier semestre 2022, 4 nouveaux ateliers seront programmés.

Challenge collaborateur

Chaque mois, encouragez vos collaborateurs et collègues à faire un geste numérique responsable. Ce mois-ci :

La prochaine fois que vous faîtes face à un service numérique récalcitrant (site web, appli, appareil connecté, ...), mettez-vous à la place de la personne que vous connaissez la moins à l'aise avec le numérique. Est-ce qu'elle s'en sortirait ? Est-ce qu'elle pourrait obtenir de l'aide ?

Si vous avez répondu non à au moins une de ces questions, contactez le service informatique ou d'assistance associée pour leur remonter le problème (avec un lien vers cette page !).