Comité scientifique sur le climat : « GIEC local »

À l’instar du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat chargé de fournir des évaluations détaillées de l’état des connaissances scientifiques sur le changement climatique, la COP 21 Rouen Normandie s’accompagne d’un groupe d’experts intitulé « GIEC Local ».

Sous la présidence de Benoit LAIGNEL, plusieurs experts ont été sollicités pour composer ce GIEC Local et apporter une approche scientifique et neutre autour de dix thématiques : climat, psychologie sociale, ressources en eau, agriculture, biodiversité, qualité de l’air et santé publique, urbanisme et architecture, mobilité et aménagement, énergie, économie et sciences politiques.

Son ambition est de fournir une expertise approfondie au niveau local du changement climatique et de ses conséquences, afin d’envisager des solutions d’adaptation et d’atténuation appropriées au territoire. Ces solutions viendront directement enrichir le Plan Climat de la Métropole Rouen Normandie, ainsi que les autres politiques publiques concernées.

Il est urgent d’agir et de mieux faire connaitre l’impact du changement climatique. Le souhaitons aussi partager ces données et contribuer à leur diffusion.

Les membres et les partenaires : 

Changement climatique/Ressources en eau 

Benoit LAIGNEL, Président du GIEC LOCAL, Professeur en géosciences, Université Rouen Normandie

Zeineddine NOUACEUR, Vice-Président du GIEC LOCAL, Climatologue, Maître de conférences, Université Rouen Normandie

Psychologie sociale  Boris VALLÉE, Vice-Président du GIEC LOCAL, Maître de conférences, Université Rouen Normandie
Agriculture  Marie Asma BEN OTHMEN, Enseignante-chercheur, UNILASALLE (campus de Rouen)
Mobilités  Michaël SAVARY, Responsable du groupe Sécurité Routière et Analyse des Mobilités, Département Mobilité, Sécurité et Ouvrage d’Art, CEREMA
Urbanisme/Architecture

Céline FRÉCHET, Architecte-Urbaniste, ERA Ingénieurs Conseil

Raphaël LABRUNYE, Directeur de l’École Nationale Supérieur d’Architecture de Normandie

Economie/Sciences politiques

Olivier BEAUMAIS, Professeur, Économie de l’Environnement, Monétarisation du non-marchand, Université de Rouen Normandie

Ronan CONGAR, Maître de conférences, Economie de l’Environnement, des Ressources Naturelles, du Risque et de l’Incertain, Université de Rouen Normandie

Qualité de l'air  Jérôme CORTINOVIS, Ingénieur d'études à ATMO Normandie 
Biodiversité/Forêts 

Carine DOUVILLE, Chargée de mission, Agence Normande de la Biodiversité et du Développement Durable

Michaël AUBERT, Professeur au laboratoire ECODIV, Université Rouen Normandie

Energie Mourad Abdelkrim BOUKHALFA, Directeur de l’Institut National des Sciences Appliquées Rouen Normandie
Santé publique  Joël LADNER, Médecin hospitalo-universitaire, Maître de conférences, Université Rouen Normandie, Responsable du département Épidémiologie et Promotion de la santé au CHU de Rouen

9 partenaires : 

les 9 partenaires

Publications du GIEC local :

Evolution du climat à l’échelle de la Métropole Rouen Normandie (2018) :

À l’échelle de la Métropole Rouen Normandie, une augmentation des températures entre +1,3 à + 1,9 °C est observée sur la période 1970-2017. Les températures continueront d’augmenter dans les années à venir. En effet, les projections à l’horizon 2100 s’accordent sur une augmentation de la température atmosphérique de +2 à +4°C à l’échelle du bassin de la Seine (projet RExHySS). Cette augmentation de température pourrait être contenue entre +1 et + 2 °C dans le cas d’un scénario médian (RCP4,5) visant à stabiliser les concentrations de CO₂ à un horizon proche (2021 – 2050), selon les nouvelles projections du projet DRIAS à l’échelle de la Normandie.

L'évolution des températures

Évolution attendue des températures moyennes annuelles en Normandie à l’horizon 2100 selon plusieurs scénarios optimiste (RCP 2,6), médian (RCP 4,5) et pessimiste (RCP 8,5)

Les différences thermiques entre ville et campagne vont vraisemblablement s’accroître dans les prochaines décennies. Cette évolution se traduirait par des périodes de canicule plus fréquentes, renforçant ainsi les risques sanitaires en raison des très fortes chaleurs qui règneraient de jour – synonymes de forte déshydratation − et surtout des nuits qui demeureraient étouffantes, avec une réduction notable de la durée et de la qualité de la récupération physiologique pour les citadins. Les températures observées ces dernières années témoignent des tendances à venir, à savoir des étés chauds qui seront de plus en plus fréquents.

Concernant l’évolution des précipitations, aucune tendance statistiquement significative ne ressort des cumuls annuels de pluviométrie entre 1970 et 2019. En effet, les relevés montrent une succession d’années sèches et d’années avec des excédents pluviométriques. De même, les simulations à long-terme montrent des évolutions moins consensuelles que pour les projections des températures et peuvent être sujettes à de fortes disparités locales. Néanmoins, la tendance générale qui en ressort montre une stabilité des précipitations dans le cas d’un scénario optimiste (RCP 2,6), et une légère baisse de l’ordre de 100 à 200 mm en moyenne respectivement pour un scénario médian (RCP 4,5) et pessimiste (RCP 8,5). Toutefois, les projections à 2100 s’accordent sur une augmentation de la fréquence et de l’intensité des épisodes de fortes précipitations. Pour ce qui est des tempêtes, aucune tendance significative ne se dégage sur l’ouest de l’Europe (ni sur le nombre de tempête, ni sur leur intensité).

N.B. : Cette synthèse sera actualisée en 2022 et intégrera de nouvelles données.

 

Représentations et attitudes des populations locales vis-à-vis du changement climatique (2018) :

La psychologie sociale s’intéresse au vécu et aux relations que nous entretenons avec les autres, à l’intérieur des groupes ou des cadres sociaux dans lesquels nous vivons. Les études menées dans ce domaine montrent que le changement climatique est principalement décrit à travers ses effets les plus marqués et donc les plus perceptibles (réchauffement, sécheresse, tempêtes). La représentation sociale du changement climatique s’avère alors influencée et apparait fortement stéréotypée et peu empreinte de vécu. La responsabilité humaine dans l’évolution actuelle du climat est reconnue mais il existe un décalage entre ce que pensent les individus, leurs intentions et leurs comportements qu’ils manifestent en situation. Depuis une quarantaine d’années, de nombreuses recherches étudient les facteurs influençant les comportements vers des démarches pro-environnementales telles que le modèle du Community-Base Social Marketing. Il ressort que le recours aux incitations (notamment financières) ou aux campagnes de sensibilisation montrent des limites importantes sur la sphère comportementale. Aussi, de nouveaux modèles plus orientés vers l’actions ont été développés et montrent leur « efficacité » dans le champ de l’environnement : il s’agit de la théorie de l’engagement, des modèles de communication engageante, d’implémentation d’intention, d’identification de l’action ou de normes sociales.

 

La ressource en eau et le risque inondation dans la Métropole Rouen Normandie : constat et analyse prospective dans un contexte de changement climatique (2019) : 

À l’échelle de la Métropole Rouen Normandie, les effets du changement climatique sur la ressource en eau sont multiples : réchauffement des cours d’eau en raison de l’augmentation de la température atmosphérique, diminution du débit moyen annuel de la Seine et des rivières, baisse de la recharge moyenne annuelle et du niveau des nappes d’eau souterraines, élévation du niveau marin…

Représentation simplifiée des impacts du changement climatique sur le cycle de l’eau dans le bassin de la Seine

Ces changements pourraient avoir des répercussions sur le niveau de la Seine et de ses affluents, et des eaux souterraines (nappe de la craie) dans lesquels s’effectuent les prélèvements. Il en résulterait un risque de restrictions plus important, pouvant générer à son tour des conflits d’usage entre l’industrie, l’alimentation en eau potable et les activités agricoles, les trois principales activités humaines qui prélèvent la ressource au sein du territoire. Ces trois activités représentent respectivement environ 80% (dont 70% dans les eaux de surfaces et 10% dans la nappe phréatique), 20% (nappe) et < 0,1% (nappe) des prélèvements.

De plus, sous l’effet de l’augmentation des épisodes de précipitations extrêmes et du phénomène de blocage des écoulements fluviaux provoqué par l’élévation du niveau marin, la vulnérabilité au risque inondation de la Métropole pourrait s’accroitre, exposant une part plus importante de la population, des activités économiques, des stations d’épuration, ainsi que des réseaux électriques.

Enfin, le réchauffement de l’eau et la diminution des débits de la Seine et des rivières affecteront la qualité de l’eau, ainsi que les milieux et la vie aquatiques. Cette perspective aurait aussi une influence directe sur les rejets des stations d’épuration.

Modélisation d'une innondation

En bleu : risque de débordement de cours d’eau

En rouge : risque d’inondation par ruissellement

 

 

 

 

Modélisation du risque inondation sur le territoire de la Métropole Rouen Normandie

N.B. : le risque inondation par remontée de nappe n’est pas représenté sur cette carte

 

Les forêts de la Métropole Rouen Normandie face au changement climatique (2020) :

Occupant un tiers de la surface du territoire, les forêts de la Métropole Rouen Normandie assurent de nombreuses fonctions : écologique (réserve de biodiversité, puits de carbone), économique (production de bois, emplois locaux), sociale (accueil du public, loisirs récréatifs) et patrimoniale (identité paysagère du territoire). Appréhender les impacts du changement climatique sur cet écosystème suppose donc de considérer cette multifonctionnalité ainsi que les nombreux enjeux qui l’accompagnent.

Le changement climatique a déjà une incidence sur le hêtre et le chêne pédonculé, deux espèces locales pour lesquelles les conditions environnementales semblent limiter de plus en plus leur croissance dans le sud-ouest de la Normandie. A l’avenir, il n’y a plus de doute que la répétition des sécheresses durant la saison de végétation, une augmentation trop importante de la température, et des éléments nutritifs limités (phosphore notamment), pèseront sur la croissance des espèces et affecteront sensiblement la santé et la régénération des forêts. Le changement climatique rend aussi crédible le risque d’incendie de forêt, et l’accentuation de risques existants (tempêtes, prolifération d’insectes ravageurs) nécessitant l’adoption d’une stratégie pour améliorer la résilience de l’écosystème forestier. 

projection du risque d'incendie

Projections des risques d’incendie de forêt en France métropolitaine selon trois scénarios de changement climatique et à partir du modèle ARPEGE V4.6 étiré de Météo-France et des projections du projet DRIAS

Le déplacement des isothermes est également plus rapide que la migration naturelle des essences. En outre, il est fort probable que les espèces forestières du sud de la France remonteront vers le nord, suggérant que les paysages forestiers que nous connaissons actuellement subiront des changements profonds dans un climat plus chaud et sec. Changements qui pourraient être accélérés par des modifications des pratiques sylvicoles.

De telles perspectives interrogent la capacité de certaines espèces à survivre d’un point de vue écologique, ainsi que sur leur gestion en sylviculture à long-terme. Quatre espèces locales (hêtre, chêne pédonculé, chêne sessile, pin sylvestre), et trois autres dont les populations sont moindres mais semblant montrer des affinités à la chaleur et dont les propriétés du bois sont appréciées (sapin Douglas, chêne pubescent, robinier faux-acacia), ont été étudiées dans ce cadre et expriment des réponses différentes.

 

Les enjeux de santé publique dans un contexte de changement climatique à l’échelle de la Métropole Rouen Normandie (2020) : 

Dans son cinquième rapport d’évaluation (2013-2014), le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a confirmé que la santé humaine était sensible au changement climatique. Le climat agit sur la santé des populations, directement via les épisodes extrêmes (canicules, sécheresse, inondation, tempêtes, etc…), et indirectement suite à leur action sur les écosystèmes dans lesquels les individus évoluent (émergence de nouvelles maladies, mauvaises récoltes, etc…). Selon les Nations Unies, environ 20 000 décès ont été observés en France en lien avec ces évènements extrêmes ces deux dernières décennies. La variabilité du climat peut également avoir une incidence sur d’autres déterminants sociaux de la santé (perte de revenus ou d’un habitat suite à une inondation par exemple).

Les projections d’augmentation des températures et des canicules pourraient induire des risques sanitaires plus graves en été, notamment si les épisodes de fortes chaleurs se maintiennent sur la durée. Des étés particulièrement mortifères comme ce fut le cas pour l’été 2003 pourraient donc se reproduire plus fréquemment dans les prochaines décennies notamment si le réchauffement venait à s’amplifier. À l’inverse, l’évolution future des mortalités hivernales n’est pas claire car les conclusions de la littérature scientifique divergent sur ce sujet.

Les nouvelles conditions climatiques associées à des facteurs anthropiques (mobilités humaines, commerce international, etc..), ont aussi un impact sur les écosystèmes et la biodiversité, et favorisent le développement ou l’expansion d’espèces nuisibles à la santé humaine. Pour cette synthèse, trois espèces ont été étudiées : la tique, le moustique tigre (Aedes albopictus) et la chenille processionnaire du pin et du chêne. La tique et la processionnaire du chêne sont actuellement présentes sur le territoire de la Métropole, tandis que le moustique tigre et la processionnaire du pin s’en approchent de plus en plus. Il est donc très fort probable que ces espèces colonisent prochainement le territoire de la Métropole de Rouen, et que les habitants soit soumis à de nouvelles maladies véhiculées par ces espèces (zika et dengue pour ne citer que le moustique tigre).

Progression du moustique tigre en France

Progression du moustique tigre en France métropolitaine ces cinq dernières années

D’autres enjeux sanitaires sont également en relation avec l’évolution de la ressource en eau et de sa qualité, et du risque inondation. Ce risque engendre notamment des dégâts matériels et traumatismes aussi bien physiques sur le moment présent, que psychiques sur la période post-crise (par exemple stress ou dépression suite à une perte de revenus ou de la dégradation d’un habitat).

La dégradation de la qualité de l’air engendrée par le changement climatique (cf synthèse sur la qualité de l’air) pourrait avoir des effets encore plus délétères sur la santé respiratoire des habitants de la Métropole, sachant que les maladies respiratoires y représentent la quatrième cause de décès.

Enfin, le changement climatique a une influence sur les inégalités sociales de santé du territoire de la Métropole. En effet, certaines populations sont plus à risques selon l’âge, l’état de santé initial, le travail en extérieur ou encore selon les revenus de chacun. La compréhension et l’application d’un message de santé publique afin de protéger sa santé et celle des autres, aussi appelé littératie en santé, est aussi un critère important qui diffère au sein de la population.

Par ailleurs, le changement climatique interroge aussi l’accessibilité des populations à des services de santé de base et efficaces lors de crises climatiques majeures. Les établissements de santé sont également directement concernés par les effets du changement climatique et les dégâts causés par les évènements extrêmes. Leur adaptation au changement climatique nécessiterait d’être étudiée, voir renforcée le cas échéant.

 

L’impact du changement climatique sur la qualité de l’air dans la Métropole Rouen Normandie (2020) : 

La qualité de l’air de la Métropole s’améliore depuis une dizaine d’années bien que des épisodes de pollutions peuvent se produire ponctuellement. Les particules fines (PM10 et PM2,5) et le dioxyde d’azote (NO₂) représentent encore un enjeu de qualité de l’air en zone urbaine et péri-urbaine, notamment près des axes routiers. L’ozone troposphérique (O₃) est aussi un enjeu en été et sa concentration dans l’air reste élevée.

Le rôle joué par le climat sur la qualité de l’air demeure complexe en raison de la variabilité des facteurs météorologiques et des actions visant à réduire les émissions de polluants atmosphériques et de gaz à effet de serre.

L’augmentation des émissions mondiales de méthane impactera probablement la qualité de l’air en Europe, et donc celle sur la région rouennaise, le méthane étant un gaz précurseur de l’ozone. Au sujet des particules fines, bien que des études semblent montrer une potentielle réduction des concentrations dans le nord de la France dans un climat plus chaud, il reste de nombreuses incertitudes qui ne permettent pas de dresser une tendance claire.

En outre, des températures et une concentration en CO₂ plus élevées pourraient favoriser la production et la libération de pollens et d’allergènes dans l’air, ainsi que l’implantation d’espèces très allergisantes comme l’ambroisie, déjà repérée dans certaines communes de la Métropole. Ces perspectives pourraient supposer un risque d’allergie plus important pour les habitants.

Au-delà de ces évolutions, il faudra constamment renforcer les mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui seront les plus bénéfiques pour la qualité de l’air. 

Diagnostic de l'air

Carte Diagnostic de l’air de la Métropole Rouen Normandie réalisée par ATMO Normandie (2020). Cette carte s’appuie sur les anciennes normes de l’OMS.

 

Les documents sont aussi disponibles en format papier au 108, le siège de la Métropole à Rouen. Pour toute demande, nous vous prions de bien vouloir envoyer un mail à l’adresse suivante : cop21@metropole-rouen-normandie.fr

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